Le jour du départ arrive. Le commandant nous réunit dans le Hall Tourville comme chaque matin pour l'appel. Mais cette fois les choses sont différentes. Avant la mise au
garde-à-vous, le silence règne. Personne n'a prononcé un seul mot depuis le lever. Pour la plupart des élèves, la guerre avait toujours été quelque-chose de lointain, qu'on ne vivait qu'au journal de 20h ou dans les livres d'histoire. ...Rien de concret. Et cet engagement ne représentait rien à leurs yeux quelques jours auparavant. Mais aujourd'hui on nous annonce que nous serions affectés à des postes de remplacement. Le message est clair. Parmi les 20 de nos camarades qui étaient partis trois jours plus tôt, 7 d'entre eux étaient déjà tombés et 8 autres portés disparus. Ils ne savaient pas réellement pour quel cause ils étaient morts, ils ne connaissaient rien de la politique. D'ailleurs, la plupart d'entre eux n'avaient jamais voté...
L'appel prend fin, la bénédiction de l'aumônier s'achève, nous endossons nos sacs et nous nous dirigeons vers les cars. Ce que j'ai trouvé de magnifique dans cette procession, c'est le fait qu'aucun de ces volontaires n'a fait demi-tour. Jusqu'aux marches des autobus, nous aurions pu dire non, et s'en retourner. Mais personne ne pense ça... et n'aura plus à le penser.